Lancement de chantiers au Burkina : Pourvu que ce ne soit pas juste pour les élections !

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Les Burkinabè, précisément ceux de Ouagadougou, sont contents. Les chantiers ont commencé à pousser dans la ville. Pour leur grand bonheur. Si seulement ce n’était pas juste pour les élections…

Le Président du Faso inaugurant les travaux de réhabilitation de la rocade Sud-ouest du Boulevard des Tansoaba – Copyright Burkina24

26 juin 2019. La route  Dédougou-Tougan est inaugurée. Invité de marque : le Président du Faso en personne. La joie sur le visage des parents à plaisanterie des Mossi se laisse lire. Rejoindre Dédougou via Tougan était un véritable  calvaire auparavant. Avec l’asphalte, les désagréments devraient diminuer. Et logiquement, « merci au Président du Faso ! ».

Mardi 16 juillet 2019 à Ouagadougou,  lancement des travaux de réhabilitation et d’amélioration de la rocade Sud-Est du boulevard des Tansoaba. Invité de marque : le Président du Faso en personne. Les riverains et les usagers sont heureux. Cette voie est devenue un champ de nids de poule. Les voitures aux roues désaxées par ces ornières ne se comptent plus, tout comme les accidents. Les travaux lancés, on devra dire logiquement, « merci au Président du Faso ! ».

29 juillet 2019. Lancement des travaux de bitumage de la voirie à l’arrondissement 10 de Ouagadougou. Invités de marque : Vincent Dabilgou, le ministre des transports, de la mobilité urbaine et de la sécurité routière, et Armand Roland Pierre Béouindé, le maire de la ville de Ouagadougou. Cette route désengorgera forcément le Boulevard des Tansoaba et permettra aux habitants de Ouagadougou situés à Saaba, Bendogo et autres de raccourcir leur trajet. Logiquement, « merci au… ! ».

Jeudi 3 octobre 2019 : lancement officiel des travaux de construction et de bitumage de la route Sapaga – Boulsa, première phase : Sapaga – Pouytenga – Kalwartenga. Invité de marque, le Chef de l’Etat himself. Quoi de plus normal pour qui connaît les origines du Président !

 

Ce serait totalement malhonnête de ne pas saluer à leur juste valeur ces grands chantiers qui sont lancés pour le bien-être des populations. Du reste, l’accueil qui y est réservé sur les réseaux sociaux et les scènes de liesse populaires qui accompagnent les cérémonies de lancement témoignent que c’est bien ainsi que les Burkinabè veulent voir leurs dirigeants travailler. Ceci participera également à l’atteinte des objectifs, notamment sur le plan des infrastructures, du projet de société du Chef de l’Etat.

Electoraliste oui, mais…

Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. D’abord, il ne faut pas oublier ce « machin » de boue et de poussière que nous sert depuis maintenant près de 5 ans ; sans aucune explication solide la défaillance dans les travaux de bitumage de la route nationale n°4 compris entre son intersection avec l’avenue de la Liberté et l’échangeur de l’Est (route passant devant le centre hospitalier universitaire – hôpital Yalgado Ouédraogo). Lancés le lundi 16 novembre 2015 par le Premier ministre burkinabè d’alors, Yacouba Isaac Zida, les travaux d’aménagement de cette voie d’environ trois kilomètres n’ont toujours pas pris fin. Et pourtant, l’entreprise burkinabè attributaire, COGEB internationale avait un délai d’exécution de 18 mois. Ce fait patent et pathétique qui n’honore aucunement cette entreprise et l’ensemble des personnes impliquées dans ce dossier, vient rappeler l’impérieuse nécessité pour les gouvernants de jouer la carte de la transparence et de la rigueur dans la réalisation des actions publiques d’une part, mais aussi et surtout au citoyen de faire la veille citoyenne pour assurer une mise en œuvre efficace des projets étatiques qui doivent absolument servir à la population.

Il faudra surtout faire attention à ces projets dont le lancement intervient à quelques mois des échéances électorales. Certes, le timing peut être expliqué par les difficultés de décaissement des fonds. Toutefois, il est curieux que ce soit à quelques pas de la présidentielle que ces chantiers sont mis en musique. Le risque est donc grand que des chantiers se retrouvent inachevés et/ou réalisés de façon bâclée par manque de suivi à tous les niveaux. L’histoire nous enseigne que certaines entreprises ne doivent mériter une confiance béate et ne sont pas des enfants de chœur.

En tout cas, la visée électoraliste peut être difficilement dissociée de ces actions en cours. Mais, il est illogique de blâmer un homme politique parce qu’il cherche à glaner des points pour favoriser sa réélection. L’on souhaite juste que ces travaux soient exécutés dans les meilleurs délais, dans les normes de qualité optimales et que d’autres chantiers fleurissent tout au long des cinq ans de mandat au lieu d’attendre la fin. Ce n’est tout de même pas trop demander !

Abdoulaye YABRE

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