Lutte contre le coronavirus au Burkina Faso : Ne pas céder à la peur et rester responsables.

Depuis décembre 2019, le monde entier vit la situation de pandémie de COVID-19. Une pandémie qui évolue de façon rapide et qui fait appel à des actions fortes pour prévenir les risques d’infection et de contagion, mais aussi pour recouvrer la santé en cas d’infection.

Le Burkina Faso enregistre officiellement 114 cas confirmés selon les données du rapport du Centre des Opérations de Réponse aux Urgences Sanitaires (CORUS) sur l’épidémie du COVID-19 au 23 mars 2020 à 22h30mn

Au regard de l’ampleur et de la gravité de la pandémie du Coronavirus (Covid-19) sur le plan national et international, il est plus que nécessaire de prendre des dispositions individuelles et collectives.

Pour ce faire, le gouvernement burkinabè a pris un certain nombre de mesures parmi lesquelles la fermeture des établissements scolaires et les rassemblements de plus de 50 personnes, la fermeture des frontières terrestres et aériennes, un couvre-feu de 19 heures à 5 heures du matin sur toute l’étendue du territoire depuis le 21 mars et à partir du 25 mars la fermeture des marchés et yaars, les restaurants et débits de boisson. Si au début de la pandémie, certains cas étaient confinés à domicile pour leur prise en charge, il est maintenant imposé une prise en charge de toutes les personnes infectées à l’Hôpital Universitaire de Tengandogo.

Parmi les actions en cours, il convient de saluer le travail abattu par la cellule de riposte contre la pandémie qui mène une communication régulière sur l’évolution de la situation et qui formule des recommandations à l’attention des autorités.

Il faut aussi saluer le dévouement, le professionnalisme et le courage du personnel soignant qui est en première ligne pour contrer la maladie malgré les moyens modestes dont il dispose.

Il faut le reconnaître, la tâche est immense et la prise de décision n’est pas  aisée d’autant plus que le mal nous a presque surpris, et ce à cause du manque d’anticipation, à tous les niveaux.

Cependant, les comportements peu républicains et irresponsables de plusieurs personnes qui tentent encore de défier l’autorité de l’Etat en refusant de suivre et respecter les consignes sanitaires et administratives édictées sont à condamner. Parmi ces actes condamnables, le refus d’individus de respecter le couvre-feu décrété est particulièrement à décrier. On peut également déplorer la surenchère sur les prix des produits de première nécessité déjà observable sur le terrain.

 Il demeure néanmoins des interrogations sur l’efficacité de certaines mesures :

  1. Si la communication officielle a été renforcée et est en passe de supplanter les rumeurs, il faut tout de même noter la panoplie et la diversité des sources et des auteurs de …. Cette situation risque de semer la confusion au sein de la population tant la communication, surtout sur la prise des décisions devient abondante. A cela il faut ajouter le langage encore ambigu et sujet à interprétations utilisé par les différents communiqués qui ne facilite pas la compréhension et l’observance de certaines mesures. Il est donc temps et urgent que la communication soit mieux coordonnée au sein de l’administration et que le langage utilisé à cette fin soit simple, clair et précis pour être efficace et utile.

  2. La situation de pandémie ne doit en aucun cas être source de violations ni d’atteintes aux droits humains. Il faut donc que chacun à son niveau joue le rôle qui est le sien tout en veillant au respect des droits individuels et collectifs. Les citoyens ont le droit d’être informé régulièrement de façon claire et précise, d’avoir des soins appropriés sans discrimination aucune. A l’inverse, ils ont aussi des responsabilités : respecter les consignes sanitaires qui sont données, mais aussi de respecter les gestes barrières pour se protéger et protéger les autres. Les citoyens doivent aussi éviter tout comportement ou propos discriminatoire et / ou stigmatisant. 

  3. Le gouvernement du Burkina Faso décide de la fermeture d’un certain nombre d’endroits vitaux dans plusieurs villes du pays du 26 mars au 20 avril 2020, à savoir des marchés et yaars, des restaurants et débits de boisson. Si cela est compréhensible, il reste que l’autorité ne propose aucune mesure alternative pour permettre aux populations de faire face à une telle situation, surtout pour les personnes vulnérables, celles qui vivent au jour le jour. Comment s’approvisionner et avec quels moyens ? Où et quand les habitants de ces localités pourront obtenir accès aux produits essentiels ? Autant de questions qui méritent encore réponse pour permettre à la population de mieux comprendre et de se conformer à la décision. Il faut donc craindre que ces mesures ne rencontrent un rejet populaire parce qu’inadaptées à notre situation et à nos réalités socio-économiques qui se reposent majoritairement sur l’économie informelle.

  4. Dans certains pays, l’apparition de la pandémie et la prise des décisions drastiques ont été accompagnées par l’adoption de mesures sociales. Jusqu’à présent, il y a encore très peu de lisibilité sur les actions et mesures sociales envisagées pour permettre aux populations de traverser cette crise dans la dignité. Il n’est pas de doute que la situation actuelle marquée par la controverse née de l’application de l’IUTS n’est pas de nature à faciliter les choses. Il est important que toutes les parties mettent de l’eau dans leur vin et placent l’objectif de vaincre la pandémie avant toutes les préoccupations. La cohésion sociale et la mobilisation des ressources et compétences nécessaires pour ensemble faire face à la pandémie sont indispensable. Parfois, le pragmatisme doit prendre le pas sur la méthodologie et le formalisme. Gouverner, c’est anticiper et c’est surtout la capacité de prendre des décisions qui transcendent la lecture politique.  

Nous ne devons ni céder à la peur, ni vivre en laxistes. Nous avons tous un rôle à jouer. Notre sens élevé de la responsabilité, de la discipline, du respect des consignes aussi minimales soient-elles nous aidera à relever le défi, individuellement et collectivement. 

Le gouvernement Burkinabè doit régler les problèmes croissants d’approvisionnement en équipements de protection individuelle (EPI) – dus à une demande plus forte, aux achats paniques, à la constitution de stocks et à l’usage abusif – mettant des vies en danger. Il est urgent que l’autorité veille à doter le personnel soignant du matériel de protection adéquat. 

Nous jouons tous et toutes notre survie. Aucune mesure ne sera de trop. Aucune négligence ne doit être tolérée ni acceptée

 

Diakonia Burkina Faso

 


[1]Rapport de situation sur l’épidémie de la maladie à Coronavirus (COVID-19) au Burkina Faso, Mars 2020, SitRep N°26 du_23_03_20

[2]  https://www.sig.gov.bf/fileadmin/user_upload/Decret_PRES_n__2020-0215_portant_instauration_d_un_couvre-feu.pdf

[3]  Les petits marchés de quartiers en langue nationale moore

[4]  http://actuburkina.net/ouagadougou-et-environnants-fermeture-des-marches-et-yaars-a-partir-du-25-mars/

 

 

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